Maîtresse-vitre (baie 0) : la Passion
Baie géminée constituée de 2 baies symétriques à 3 lancettes trilobées. Lancettes divisées par 5 barlotières et 15 vergettes. Réseau à armature de pierre. Mise en plomb soignée et respectueuse des formes. Utilisation de grands verres.Cette verrière historiée a été commandée par plusieurs donateurs parmi lesquels on a pu identifier les Jourdain du Pélem. Par analyse stylistique, on peut rapprocher cette verrière des verrières de Tonquédec et avancer une datation dans le 4e quart du 15e siècle, datation confirmée par un autre rapprochement avec les fresques de la voûte de l´église Notre-Dame de Kernascléden (Morbihan) réalisées vers 1470. Certains panneaux du 16e siècle, le 1c et le 1d, ont été réutilisés. D´après les archives, la verrière a subi 3 restaurations : la première, en 1772, est l´oeuvre d'Yves Raoult qui la remonte en plombs neufs ; la deuxième, une réparation, a lieu en 1789 ; la dernière intervient entre 1796 et 1800. En 1883, au cours d´une restauration de l´atelier briochin Laigneau, on retouche le panneau 1c et refait le panneau 4f et les panneaux des tympans à l´exception des écoinçons. La verrière, en dépit des restaurations subies et de la disparition de certains panneaux, est dans état de conservation suffisament bon pour nous renseigner sur l'art de J. Kergal, auteur probable de cette composition. Sur le plan technique : la palette privilégie les teintes sourdes et les contrastes entre ces dernières et les vastes zones de verre blanc rehaussé de grisaille et / ou de jaune d'argent. Le sertissage au plomb a été utilisé surtout pour mettre en valeur les mains, élément expressif doublement important, au niveau de la figure individuelle comme de la composition du panneau. Le trait appuyé évoque très directement la technique de la gravure sur bois. Le traitement graphique n'est pas le seul point commun entre la verrière et certaines gravures sur bois contemporaines (voir doc. 1 et 2). On est également frappé par la ressemblance au niveau de la composition (organisation de l'espace et groupement des personnages en profondeur), la présence ou le traitement de certains détails vestimentaires (drapés plissés cassés, casques à turbans). Surtout, la force expressive des gestes et des visages est la même dans la Mise en croix de la verrière et sur la gravure. Si le modèle exact qui a pu influencer l'auteur de la verrière n'a pas été retrouvé, il semble évident que l'oeuvre ne peut s'expliquer sans faire référence à la gravure sur bois contemporaine flamande. De plus, la verrière appelle de multiples comparaisons avec les oeuvres géographiquement et chronologiquement voisines de Lantic et Tonquédec. On peut supposer que, dans la plupart des cas, les mêmes cartons ont circulé ou qu'il y a eu copie.
Auteur(s) du descriptif : Dufief Denise ; Menant Marie-Dominique
Par : L'inventaire du patrimoine